Marrakech: des réactions et des issues au contexte pandémique

Abdelaâli Benchekroun,

Marrakesh, Morocco

Les villes et surtout les campagnes marocaines, ont connu à travers les décennies antérieures, un déficit d’Etat et des services de base. Ainsi, l’Enseignement lamentable, l’analphabétisme, la santé où les démuni(e)s risquent de rencontrer la mort en cas de maladie.

Marrakech étant une ville touristique et d’artisanat, avec très peu d’industrie. La Région Marrakech-Safi étant agricole, il est vrai, mais souffre de stress hydrique qui menace les populations rurales.

Dans ce contexte, la pandémie a donné un coup d’arrêt au tourisme de Marrakech, une fois les frontières fermées. Les 300 000 personnes qui en vivent, se sont retrouvées chômeurs. L’Etat marocain a réagi au départ de façon innovante, énergique et solidaire, mais les conditions objectives ont dégagé une évolution très difficile.

Avec le déconfinement les villes pouvaient se réorganiser autrement. En réalité, le confinement s’est passé dans les pires conditions, notamment avec la fête du mouton et la promiscuité des souks ovins. Le Gouvernement n’a pas annulé la fête religieuse, comme il avait fermé les mosquées.

Vu les inégalités sociales amplifiées avec l’arrêt du tourisme, plusieurs dizaines de milliers vendent leurs affaires personnelles pour survivre et descendent dans la rue. L’Etat ne peut pas continuer à soutenir ces nouveaux chômeurs, d’autant que le Fonds de solidarité-Corona s’épuise.

La pandémie se répand dans une situation sanitaire déplorable. Les hôpitaux de Marrakech ne peuvent plus accueillir les nouveaux cas positifs, impuissants devant la demande grandissante. L’expansion du virus est telle que le nombre à dépister est bien plus grand que la capacité journalière estimée fin août à 20000. Le personnel médical exténué, manque de moyens. Le système de santé dénudé au grand jour. Le secteur privé évite d’accueillir les cas positifs, différemment de la première étape où il était impliqué. L’Etat ne fait rien, et plusieurs appellent à nationaliser ses cliniques.

La rentrée scolaire s’annonce inextricable. Apprentissage à distance ou présentiel? Le Ministère décide le virtuel, laissant le choix aux familles d’opter pour le présentiel. Or 70-80% des enfants n’ont ni tablettes ni connexion. La distanciation étant difficile vu l’encombrement des classes.

En somme, le « moins d’Etat » qui a sévi pendant longtemps (PAS-FMI des années 80), a été fatal pour l’école et la santé publiques. La pandémie a brutalement rappelé l’impératif de réhabiliter un Etat capable de reconstruise le Secteur Public, la protection sociale, réviser les orientations de l’économie et reformuler les vrais besoins.

L’évolution pandémique impose de cohabiter avec le virus. Des comportements légers des gens pourraient justifier pour les décideurs de re-confiner. Ce qui serait plus fatal pour la ville et le pays.

Nonobstant le cours des évènements cependant, l’Etat devrait mobiliser le maximum, pour garantir la sécurité, l’autosuffisance alimentaire, médicaments, équipements médicaux, finance, monnaie et énergie. Et ce, en par le lancement d’un Fonds Corona II. Le Roi avait lui même donné l’exemple par une contribution personnelle consistante. Nos richards devant être contraints à se « solidariser ».

Marrakech étant ainsi sinistrée, les autorités, centrales et régionales, élus et opérateurs divers, doivent converger pour restructurer santé et écoles publiques, les services divers, le transport et la gestion innovante des espaces publics. L’objectif premier : stopper l’expansion et la prise en charge des vagues de contaminé(e)s, par une autre stratégie de communication ciblant les précaires et le rural.

Le tourisme serait orienté et adapté pour la clientèle intérieure, et l’artisanat relancé par la substitution aux importations de produits ciblés, ainsi que le « consommer marocain » qui deviendrait la devise dorénavant.

La digitalisation occupera une place dans la reconversion au télétravail et la transparence-gouvernance. A Marrakech et au Maroc, celle-ci compte pour beaucoup dans les problèmes socio-économiques et la paupérisation rampante.

Ce contexte requiert plus que jamais la bonne gouvernance pour bâtir l’équité sociale, le développement alternatif, éradiquer l’alphabétisation, améliorer la place de la femme et des jeunes dans la société, assainir l’administration, la justice et instaurer la redevabilité. On n’a pas d’autre choix que de changer le modèle de société, ou risquer le pire.